PSP-PSA
Pour ceux qui sont moins familiers avec la capnographie en réanimation, les paramédics obsevrent à l’aide d’un capteur la valeur de CO2 expiré par le patient lors des manoeuvres de réanimation. Il est reconnu que cette valeur peut donner des indications fiables de la qualité du massage. Il est aussi possible d’observer une augmentation marquée de la valeur de CO2 expirée (ETCO2) lors d’un retour de pouls (ROSC = Return of spontaneous circulation)
L’étude analysée ici ne remet pas ce principe en question. Elle tente plutôt à démontrer le délais requis pour que cette valeur soit fiable en terme de pronostic (à savoir si la tentative de réanimation est futile ou non).
Résumé de l’article
« Resuscitation from Out-of-Hospital Cardiac Arrest – When is EtCO₂ Reliably Associated with ROSC? »
L’objectif de cette étude était de déterminer combien de temps il faut observer l’évolution de l’EtCO₂ (CO₂ expiré de fin d’expiration) pendant une réanimation d’arrêt cardiorespiratoire extrahospitalier afin de pouvoir prédire de façon fiable le retour d’une circulation spontanée (ROSC).
L’étude est une analyse secondaire de l’essai clinique PART (Pragmatic Airway Resuscitation Trial), qui a inclus plus de 3 000 victimes d’arrêt cardiaque. Parmi celles-ci, 1 168 patients disposaient d’un enregistrement d’EtCO₂ exploitable. Les chercheurs ont analysé la trajectoire de l’EtCO₂ minute par minute et ont classé les patients selon une trajectoire ascendante (EtCO₂ qui augmente) ou descendante (EtCO₂ qui diminue ou demeure faible).
Les résultats démontrent qu’une augmentation progressive de l’EtCO₂ est fortement associée à une probabilité plus élevée de ROSC. Toutefois, cette information ne devient pas immédiatement fiable. Le temps nécessaire pour distinguer clairement une trajectoire favorable d’une trajectoire défavorable varie selon le contexte clinique :
- Arrêt cardiaque témoigné avec EtCO₂ initial faible (< 30 mmHg) : environ 8 minutes d’observation sont nécessaires.
- Arrêt cardiaque témoigné avec EtCO₂ initial modéré (30 à 50 mmHg) : environ 12 minutes.
- Arrêt cardiaque témoigné avec EtCO₂ initial élevé (> 50 mmHg) : jusqu’à 21 minutes.
- Arrêt cardiaque non témoigné : environ 7 minutes suffisent pour distinguer les trajectoires.
Les patients présentant une trajectoire ascendante avaient entre deux et trois fois plus de chances d’obtenir un ROSC que ceux dont l’EtCO₂ suivait une trajectoire descendante. Par exemple, chez les arrêts cardiaques non témoins, une trajectoire ascendante était associée à un risque de ROSC 3,6 fois plus élevé.
Les auteurs soulignent que ces résultats ne doivent pas être utilisés seuls pour décider d’arrêter une réanimation. Même lorsqu’une trajectoire semble défavorable, certains patients obtiennent tout de même un ROSC. Cependant, l’analyse dynamique de l’EtCO₂ pourrait devenir un outil clinique important pour guider les décisions pendant la réanimation et identifier les patients susceptibles de bénéficier d’efforts prolongés.
Message clé pour les paramédics
L’EtCO₂ ne doit pas être interprété comme une valeur unique prise à un moment précis. C’est sa tendance dans le temps qui est la plus informative. Une augmentation progressive de l’EtCO₂ pendant la RCR constitue un signe encourageant et est associée à une plus grande probabilité de ROSC. Selon la situation, il faut généralement observer cette tendance pendant 7 à 21 minutes avant qu’elle ne devienne réellement significative pour le pronostic.
Ce concept renforce l’importance d’une surveillance continue de la capnographie pendant les manœuvres de réanimation et rappelle qu’une décision d’interrompre les efforts ne devrait jamais reposer sur une seule mesure d’EtCO₂.
